Droit d’auteur et sampling : cadre légal et démarches
Explication du régime juridique du sampling en France et en Union européenne, jurisprudence majeure, conséquences pratiques pour les créateurs et démarches pour
| Rubrique | Repères Cinéma |
|---|---|
| Publié le | 08.09.2026 |
| Mis à jour | 08.09.2026 |
| Temps de lecture | 8 min de lecture |
| Rang dans la rubrique | 12 / 12 |
| Signature | Juliette Moreau |
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Le sampling désigne le prélèvement et la réutilisation d’un fragment sonore d’un phonogramme. Cette page explique, avec références jurisprudentielles et normatives, le cadre légal applicable en France et dans l’Union européenne, les conséquences pratiques pour les créateurs, les démarches d’autorisation et les décisions clés qui guident l’interprétation actuelle.
Table des matières

- Introduction : définition opérationnelle du sampling
- Le cadre juridique applicable (lois et principes)
- Ce que disent les décisions-clés (jurisprudence)
- Conséquences pratiques pour les créateurs
- Exemples de cas
- Démarches pour obtenir une autorisation
- Sources et lectures complémentaires
- Foire aux questions
Introduction : définition opérationnelle du sampling
Le sampling, ou échantillonnage, consiste à prélever un fragment sonore d’un phonogramme pour l’incorporer dans une nouvelle production. La qualification juridique de cet acte dépend de la nature du fragment et de la manière dont il est réutilisé. Le point de départ de l’analyse est que le prélèvement d’un extrait d’un phonogramme peut constituer une reproduction de ce phonogramme et relever des droits voisins du producteur du phonogramme.
La présente page a pour objectif d’exposer le cadre légal pertinent, de resituer les décisions clés de la Cour de justice de l’Union européenne et de la Cour de cassation française, d’indiquer les conséquences pratiques pour les créateurs et d’énumérer les interlocuteurs et démarches couramment mobilisés pour obtenir une autorisation. Elle renvoie aux sources primaires listées en fin de page.
Le cadre juridique applicable (lois et principes)
Le droit applicable combine des dispositions nationales du Code de la propriété intellectuelle et la jurisprudence européenne qui oriente l’interprétation nationale. Au plan national, les droits voisins du producteur de phonogramme et la protection de la reproduction figurent parmi les textes mobilisés pour apprécier la légalité d’un sampling.
Les articles du Code de la propriété intellectuelle cités dans la jurisprudence et l’analyse doctrinale servent de fondement à l’action du producteur de phonogramme. Ces dispositions portent notamment sur la reproduction et les droits voisins attachés au phonogramme.
Au plan européen, la Cour de justice de l’Union européenne a apporté des clarifications essentielles sur la portée de la protection et sur la manière d’apprécier si l’incorporation d’un échantillon constitue ou non une reproduction. L’arrêt rendu par la Grande Chambre le 29 juillet 2019 dans l’affaire dite « Pelham » a influencé l’interprétation nationale en posant des critères d’appréciation pour déterminer si l’œuvre nouvelle est indépendante ou si la réutilisation constitue une reproduction.
L’articulation entre droit national et droit européen implique que les juridictions nationales intègrent les principes dégagés par la CJUE tout en appliquant les règles du Code de la propriété intellectuelle. L’application pratique est donc fortement dépendante de l’examen des éléments techniques et de la qualification opérée par les juges.
Arrêt de la CJUE (Pelham, 29 juillet 2019)
La Grande Chambre de la Cour de justice a indiqué que l’incorporation d’un fragment musical transféré depuis un phonogramme peut, selon les circonstances, ne pas constituer une copie du phonogramme si l’œuvre nouvelle est indépendante. L’arrêt souligne que l’appréciation dépend des caractéristiques de la nouvelle œuvre et de l’influence exercée par le fragment réutilisé.
Le raisonnement de la CJUE montre que la qualification de reproduction n’est pas automatique. Deux issues sont possibles selon l’analyse : d’une part, l’œuvre nouvelle peut être considérée indépendante et ne pas relever d’une reproduction du phonogramme initial ; d’autre part, la reproduction d’un extrait peut être constitutive d’une atteinte nécessitant autorisation. La décision insiste sur la nécessité d’une appréciation précise et circonstanciée.
Jurisprudence française notable (Cour de cassation)
La Cour de cassation a, dans des décisions récentes, retenu que toute reproduction, même partielle, d’un phonogramme sans autorisation constitue une atteinte aux droits du producteur lorsque l’analyse technique démontre la reproduction du fragment. Un exemple fréquemment cité est le pourvoi n°21-24.980, où la haute juridiction a confirmé qu’une analyse technique pouvait établir la reproduction d’un sample et fonder une condamnation pour atteinte aux droits du producteur.
Les décisions françaises mettent en avant le rôle des expertises techniques et des rapports produits par les sociétés de gestion ou des experts acoustiques. L’élément probant dans ces affaires est souvent l’analyse technique qui identifie des similitudes significatives entre le fragment original et l’extrait utilisé.
La jurisprudence nationale apparaît ainsi casuistique : chaque affaire mobilise des éléments factuels et techniques propres. Les juridictions examinent l’importance du fragment, sa reconnaissabilité et la manière dont il intervient dans la nouvelle œuvre.
Autorisations nécessaires
Plusieurs titulaires de droits peuvent intervenir dans l’autorisation d’un sample. Il peut être nécessaire de contacter l’auteur ou les auteurs-compositeurs, l’éditeur, le producteur du phonogramme et potentiellement les artistes-interprètes. Les droits voisins du producteur du phonogramme sont centraux lorsque l’échantillon provient d’un enregistrement existant.
Les sociétés de gestion collective jouent un rôle dans la gestion de certains droits. Elles peuvent détenir des mandats et faciliter la recherche des ayants droit, mais l’autorisation du producteur du phonogramme reste au cœur de la problématique lorsque le prélèvement concerne l’enregistrement.
Risques en cas d’usage non autorisé
En cas d’usage sans autorisation, les actions possibles incluent des demandes d’interdiction de diffusion, des demandes de dommages-intérêts, des saisies et des retraits. Les décisions de la Cour de cassation et de la CJUE servent de références pour déterminer la nature des sanctions et des mesures ordonnées par les juridictions.
Les conséquences pratiques pour un créateur peuvent être significatives : contentieux, retrait des plateformes, obligations de réparation civile. L’issue dépendra des faits techniques et de l’appréciation judiciaire de la reproduction effective du fragment.
Cas où l’œuvre nouvelle peut être considérée indépendante
La CJUE a dégagé des critères généraux qui conduisent à considérer qu’une œuvre nouvelle est indépendante. Ces critères portent sur le degré de transformation et sur l’autonomie créative de la nouvelle production. L’appréciation reste juridictionnelle et nécessite un examen concret.
Il faut retenir que la transformation ou l’intégration qui confère une identité nouvelle à l’œuvre peut conduire à une indépendance juridique, mais cette conclusion n’est pas automatique et relève d’une appréciation par les juges au cas par cas.
Exemples de cas (descriptions factuelles)
Les décisions judiciaires analysées montrent des situations où les juges ont retenu la reproduction d’un fragment sur la base d’analyses techniques et d’expertises acoustiques. Dans ces fiches factuelles, l’élément central est la constatation technique d’une similitude reconnaissable entre le fragment d’origine et l’extrait utilisé.
Dans d’autres affaires, les juridictions ont considéré que la nouvelle œuvre possédait une indépendance suffisante pour ne pas constituer une reproduction du phonogramme initial. La divergence d’issues illustre le caractère casuistique et technique des appréciations judiciaires.
Démarches pour obtenir une autorisation
Interlocuteurs typiques :
- les auteurs et auteurs-compositeurs ;
- les éditeurs ;
- le producteur du phonogramme ;
- les artistes-interprètes le cas échéant ;
- les sociétés de gestion collective.
Documents usuels à produire : demandes formelles d’autorisation, informations sur l’utilisation projetée et éléments permettant d’identifier le fragment à autoriser. Les modalités concrètes telles que tarifs et délais varient selon les ayants droit et les situations ; ces modalités ne sont pas fournies ici.
Pour négocier un contrat, obtenir une licence ou pour un avis juridique personnalisé, il convient de saisir un avocat spécialisé. Cette page n’offre pas de conseil juridique personnalisé et ne remplace pas une consultation professionnelle.
Sources et lectures complémentaires
Sources primaires citées :
- Cour de justice de l’Union européenne, Grande Chambre — Arrêt « Pelham » (29 juillet 2019). PDF de la CJUE : https://curia.europa.eu/site/upload/docs/application/pdf/2019-07/cp190098fr.pdf — consulté le 04/09/2026.
- Cour de cassation — Pourvoi n°21-24.980 (décision relative au sampling et reproduction partielle d’un phonogramme) : https://www.courdecassation.fr/decision/63e34ceb500dc805de37cdb9 — consulté le 04/09/2026.
- Cour de cassation — Pourvoi n°22-24.462 : https://www.courdecassation.fr/decision/66615159bbc6ae00084dd4b5 — consulté le 04/09/2026.
- Légifrance / Cour de cassation — Extraits : https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000037424980/ — consulté le 04/09/2026.
- Article doctrinal de synthèse — « L’usage et l’encadrement du sampling », Legipresse / Cairn.info : https://droit.cairn.info/revue-legipresse-2023-HS1-page-23?lang=fr — consulté le 04/09/2026.
- Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique — rapport sur le Pelham : https://www.culture.gouv.fr/content/download/281441/file/CSPLA-Rapport-complet-IA-Culture_janv2020.pdf — consulté le 04/09/2026.
Foire aux questions (FAQ)
Q: Puis-je sampler un court fragment si je le modifie ?
R: La réponse dépend. L’appréciation relève des critères dégagés par la CJUE et de la jurisprudence nationale. L’existence d’une transformation ne garantit pas, en soi, l’absence de reproduction ; chaque cas fait l’objet d’une appréciation juridictionnelle basée sur des éléments techniques.
Q: Les sociétés de gestion collective peuvent-elles délivrer une licence unique ?
R: Les sociétés de gestion collective interviennent dans la gestion de certains droits et peuvent faciliter l’identification des ayants droit. Toutefois, l’autorisation du producteur du phonogramme demeure centrale lorsque le prélèvement porte sur un enregistrement. La réalité contractuelle varie selon les situations.
Avertissement : cette page présente des informations générales et des références juridiques. Elle ne remplace pas un avis juridique personnalisé. Pour une analyse ou une négociation contractuelle adaptée à un cas concret, consulter un avocat spécialisé.

Rédactrice · Cinéma, Culture, Voyages
Juliette couvre les intersections entre cinéma et culture à travers le prisme du voyage. Elle s'assure de croiser les sources et les avis d'experts pour garantir une information précise et enrichissante.
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